Dotation aux amortissements : à quoi elle sert et comment la calculer

Mis à jour le 27 juillet 2026 — barème et règles en vigueur à cette date
Sommaire
La dotation aux amortissements est une charge comptable enregistrée chaque année pour répartir le coût d’une immobilisation sur sa durée de vie utile, tout en constatant la perte de valeur progressive du bien. Elle ne génère aucune sortie de trésorerie, mais réduit le résultat imposable de l’entreprise, ce qui en fait l’un des mécanismes les plus stratégiques de la comptabilité d’entreprise.
En bref: la dotation aux amortissements s’applique à toute immobilisation amortissable (matériel, véhicule, logiciel, agencement…) et se calcule selon deux méthodes principales, linéaire ou dégressive. Pour une machine achetée 5 000 € amortie sur 5 ans en mode linéaire, la dotation annuelle s’élève à 1 000 € par an. Elle figure à la fois dans le compte de résultat (en charges) et au bilan (en diminution de l’actif immobilisé).
Pourquoi amortir une immobilisation ?
Un bien acquis pour plusieurs milliers d’euros ne se « consomme » pas en un an. Une machine achetée 20 000 € rend service pendant dix ans: inscrire la totalité du coût en charges la première année donnerait une image fausse de la réalité économique. L’amortissement résout ce problème en étalant la charge sur la durée d’utilisation réelle du bien, ce qui respecte le principe de séparation des exercices et donne une image fidèle des comptes.
L’avantage fiscal est immédiat et concret. Chaque euro de dotation vient diminuer le bénéfice imposable, sans qu’un seul centime ne quitte le compte bancaire. Pour une entreprise soumise à l’impôt sur les sociétés au taux normal de 25 %, une dotation annuelle de 10 000 € représente 2 500 € d’impôt évité. Sur cinq ans, c’est 12 500 € de trésorerie préservée pour financer les prochains investissements.
La dotation remplit aussi un rôle de planification. En suivant la valeur nette comptable d’un bien, l’entreprise anticipe le moment où il faudra le renouveler. Un véhicule amorti à 80 % déclenche une réflexion sur le prochain achat bien avant la panne, c’est ce qu’on appelle la gestion des CAPEX (investissements en capital).
Quels biens sont amortissables ?
Seules les immobilisations dont la valeur se déprécie avec le temps sont amortissables. Cela recouvre les immobilisations corporelles (machines-outils, véhicules, mobilier de bureau, matériel informatique, agencements et aménagements) et la plupart des immobilisations incorporelles (logiciels, brevets, fonds de commerce acquis à titre onéreux dans certains cas). Les terrains et les œuvres d’art, dont la valeur ne se déprécie pas par l’usage ou le temps, ne s’amortissent pas.
La durée d’amortissement correspond à la durée d’utilisation prévue du bien. L’administration fiscale retient des fourchettes largement admises par les usages: trois à cinq ans pour le matériel informatique, cinq ans pour un véhicule de tourisme, cinq à dix ans pour du matériel industriel, dix à vingt ans pour des agencements selon leur nature. Ces durées ne sont pas des règles absolues: l’entreprise peut s’en écarter si elle justifie une durée réelle différente, notamment par référence aux usages de la profession.
Comment calculer l’amortissement linéaire ?
L’amortissement linéaire est la méthode de base. Elle répartit la charge de façon uniforme sur toute la durée d’utilisation. Le taux annuel s’obtient en divisant 100 par le nombre d’années: pour une durée de 5 ans, le taux est de 20 %; pour 4 ans, 25 %; pour 10 ans, 10 %.
Formule: dotation annuelle = valeur d’origine de l’immobilisation × taux linéaire. Pour une machine-outil achetée 5 000 € amortie sur 5 ans: 5 000 × 20 % = 1 000 € de dotation par an, pendant cinq ans. À l’issue de la cinquième année, la valeur nette comptable est nulle et le bien est considéré comme totalement amorti sur le plan comptable.
Un point souvent négligé: la règle du prorata temporis. L’amortissement démarre à la date de mise en service du bien, pas à la date de l’achat ni à la date de la facture. Si une machine est mise en service le 1er octobre d’un exercice comptable calé sur l’année civile, la première dotation ne couvre que 3 mois sur 12, soit 25 % de la dotation annuelle. Dans notre exemple: 1 000 € × 3/12 = 250 € pour la première année, puis 1 000 € pour les années 2 à 5, et 750 € pour l’ultime fraction de la dernière année. La somme totale reste bien de 5 000 €.
L’amortissement dégressif: quand l’adopter ?
La méthode dégressive permet de passer des charges plus élevées en début de période, ce qui accélère la déduction fiscale et optimise la trésorerie des premières années d’utilisation. Elle est réservée à certains biens neufs (matériels et outillages, équipements de production…) et n’est pas applicable aux immobilisations incorporelles ni aux biens d’occasion.
Le taux dégressif s’obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient fixé par l’administration fiscale selon la durée d’amortissement: coefficient de 1,25 pour une durée de 3 ou 4 ans, 1,75 pour 5 ou 6 ans, et 2,25 au-delà de 6 ans. Pour un actif de 10 000 € amorti sur 5 ans, le taux linéaire est de 20 %; appliqué au coefficient de 1,75, le taux dégressif est de 35 %. La première dotation s’applique non plus sur la valeur d’origine mais sur la valeur nette comptable résiduelle au début de chaque exercice.
Déroulement concret sur 5 ans pour un actif à 10 000 €:
| Année | Valeur nette comptable en début d’année (€) | Dotation dégressive (35 %) (€) | Valeur nette comptable en fin d’année (€) |
|---|---|---|---|
| 1 | 10 000 | 3 500 | 6 500 |
| 2 | 6 500 | 2 275 | 4 225 |
| 3 | 4 225 | 1 479 | 2 746 |
| 4 | 2 746 | 1 373 | 1 373 |
| 5 | 1 373 | 1 373 | 0 |
À partir du moment où le taux linéaire calculé sur la durée résiduelle dépasse le taux dégressif, on bascule sur ce taux linéaire, c’est ce qui se produit aux années 4 et 5 dans l’exemple ci-dessus (2 ans restants: 50 % > 35 %, on répartit la valeur résiduelle en parts égales). Ce basculement automatique est une règle fiscale que la comptabilité doit respecter.
Où la dotation apparaît-elle dans les états financiers ?
La dotation aux amortissements touche trois documents simultanément. Au compte de résultat, elle s’enregistre en charges d’exploitation, au débit du compte 68111 pour les immobilisations incorporelles et au débit du compte 68112 pour les immobilisations corporelles. Elle diminue mécaniquement le résultat avant impôt.
Au bilan, les amortissements cumulés apparaissent au crédit des comptes de la classe 28 (comptes d’amortissements des immobilisations), en diminution de la valeur brute des actifs. La différence entre la valeur d’origine et les amortissements cumulés donne la valeur nette comptable (VNC), c’est ce montant qui figure à l’actif du bilan. Une machine achetée 10 000 €, amortie à hauteur de 7 000 € sur cinq ans, affiche une VNC de 3 000 €.
Dans le tableau des flux de trésorerie, la dotation est réintégrée en tant que charge sans impact sur la trésorerie (charge non décaissée): elle figure en ajout au résultat net pour calculer la capacité d’autofinancement (CAF). C’est pourquoi une entreprise dont le résultat net est faible mais dont les dotations sont élevées peut tout de même disposer d’une CAF confortable pour financer ses investissements futurs.
À noter que la dotation n’affecte pas l’EBITDA (résultat avant intérêts, impôts, dotations et amortissements), précisément parce que cet indicateur les exclut par définition, ce qui en fait un outil de comparaison utile entre entreprises aux politiques d’investissement différentes.
Amortissement comptable et amortissement fiscal: quelle différence ?
Les deux ne coïncident pas toujours. La comptabilité oblige à amortir selon la durée d’utilisation réelle du bien (amortissement dit « économique »); la fiscalité tolère ou impose parfois des durées différentes. Quand une entreprise amortit un bien sur 3 ans alors que l’administration considère une durée normale de 5 ans, la part d’amortissement excédentaire n’est pas déductible immédiatement: elle est réintégrée fiscalement.
À l’inverse, certains dispositifs permettent d’accélérer la déduction fiscale au-delà de l’amortissement économique. Le mécanisme de suramortissement, par exemple, permet de déduire fiscalement un pourcentage supplémentaire du coût d’un bien en sus de son amortissement normal. La loi de finances 2024 a prévu un taux variable entre 20 % et 60 % selon la nature de l’actif concerné. Les dotations aux amortissements peuvent également entrer dans le calcul du Crédit d’Impôt Recherche (CIR): les immobilisations affectées à des opérations de recherche et développement sont valorisables, sous conditions d’éligibilité définies par le Code Général des Impôts.
Questions fréquentes
Une immobilisation acquise en cours d’année est-elle amortissable dès l’achat ?
L’amortissement démarre à la date de mise en service du bien, pas à celle de la facture ni du paiement. Si un matériel est acheté en septembre mais installé en novembre, c’est la date de novembre qui sert de point de départ pour le calcul du prorata temporis.
Que se passe-t-il si on oublie de comptabiliser une dotation ?
Un amortissement omis est irrémédiablement perdu sur le plan fiscal: l’administration ne permet pas de rattraper une dotation non passée sur un exercice antérieur. La valeur nette comptable reste inchangée, mais la déduction fiscale est définitivement manquée pour l’exercice concerné.
Peut-on changer de méthode d’amortissement en cours de vie du bien ?
Non: la méthode choisie à l’origine (linéaire ou dégressive) s’applique sur toute la durée d’amortissement du bien. Un changement de méthode en cours de route constituerait un changement de méthode comptable soumis à des règles strictes et doit rester exceptionnel, justifié et documenté.
Les dotations aux amortissements s’appliquent-elles aux biens pris en crédit-bail ?
Un bien financé en crédit-bail (leasing) n’est pas inscrit à l’actif du bilan du preneur en normes françaises: c’est le bailleur qui l’amortit. Le preneur enregistre des loyers en charges, mais aucune dotation aux amortissements. La situation diffère sous les normes IFRS, où le droit d’utilisation du bien figure à l’actif et est amorti.
Sources
Sources consultées le 27 juillet 2026.
Données relevées à cette date ; elles ont pu changer depuis. Confirmez auprès de l’organisme concerné.
- www.impots.gouv.fr/www2/fichiers/documentation/brochure/ir_2026/accueil.htm